Challenge Gran Canaria 2021 : Presque de Retour

Juste au moment où nous sommes tous en train de perdre espoir, que nous pensons ne pas remettre un dossard de si tôt, il semble que les courses sont de nouveau au programme.

Cet hiver, je me suis très bien entraîné, c’est souvent le cas pour ma part : pas de distraction, pas de voyage, pas d’entraînement sous la chaleur, pas de montée de cortisol pré-compétition.

S’il y a bien une chose que j’aimerais mettre en place cette année, c’est ça : reproduire ce que je fais l’hiver tout au long de la saison et être tout simplement plus régulier. Mes niveaux de forme et de fatigue font très souvent le yoyo ; cependant, cette année je me sens très bien et je prends énormément de plaisir à enchaîner les semaines d’entrainements.

Logiquement, j’ai envie d’arriver sur chaque compétition à mon pic de forme mais j’ai compris que cela n’était pas toujours possible et clairement pas viable financièrement parlant. Il n’y a rien que je déteste autant qu’être sur une ligne de départ quand je sais que je ne suis pas à 100 % de mes capacités mais malheureusement, cela fait partie du job. Peut être qu’un jour, lorsque l’argent ne sera plus à prendre en compte et que j’aurais assez de sponsors, je pourrais choisir seulement trois dossards et organiser ma saison autour de trois pics de forme. Pour le moment, il me faut tout simplement courir, et gagner en expérience.

Résultat, trois semaines avant le Challenge Gran Canaria, j’ai eu un dossard et été accepté. Une semaine plus tard (J-15), j’apprenais que Jan courrait lui aussi : mon rêve devenait réalité. J’ai toujours espéré avoir la chance de me mesurer à lui avant qu’il ne prenne sa retraite ; je me demandais si j’avais les capacités de talonner l’homme que j’avais regardé maintes et maintes fois dominer les courses longue distance. Bien que je me sois entraîné ou que je me sois retrouvé sur la ligne de départ avec certains des meilleurs triathlètes mondiaux, il m’en manquait un, le seul véritable athlète qui me laissait une question en tête : le battrai-je un jour à Kona ?

Cela peut sembler prétentieux, il y a bien des athlètes qui me pulvériseraient, demain, à Hawaii. Mais, à l’exception de Jan, je pense sincèrement pouvoir les battre un jour. Je n’avais aucune idée d’où je me positionnais vis à vis de Jan, et tout ce que je souhaitais était une réponse.

Quelques jours plus tard, je suis sur la plage, juste derrière lui. J’ai le numéro 37 et les organisateurs nous avaient dit que nous serions placés un par un. C’était sans compter sur Jan, qui très sereinement, marche pour se placer à sa place préférée, collé au côté gauche de la ligne. Je fais toujours en sorte d’être sur la première ligne, mais cette fois-ci, je n’ai pas le choix et je me place donc derrière Jan et croise les doigts pour que son départ soit bon. J’avais dit à mes amis et à ma famille que je ne ferai que suivre Jan jusqu’à ne plus en pouvoir, quitte à finir en fauteuil roulant. Mais en vérité, je ne suis pas assez patient, ou alors tout simplement stupide. Après un premier tour dans ses pieds, je prends le relais, en partie pour distancer Langes, Boecherer et compagnie. Je nage à mon rythme et sors de l’eau avec deux des meilleurs nageurs du circuit (Salvisberg et Frodeno). En écrivant tout ça, je me rends compte à quel point cela est beau (et tous les gens qui se souviennent de ma natation il y a quelques années seront d’accord avec moi!). Sur ce point là, je dois tout à mon père ! Je ne suis pas née nageur, ça c’est certain et je dois, en plus de ça, être le professionnel qui habite le plus loin d’une piscine ! Tout bien réfléchi, peut être que Richard Laidlow est un magicien.

A vélo, Jan prend directement la tête, comme toujours. Mon rôle est simple, fermer ma gueule et le suivre, le plus longtemps possible. Mais non … Le parcours est très vallonné, aucun moment de plat. Je vois très clairement que Jan met en place une stratégie relativement évidente : garder une puissance constante malgré le relief. De mon point de vue, cela me semble une très mauvaise stratégie. Moi, triathlète de 22 ans sans résultat en sait bien plus que le meilleur triathlète de tous les temps, évidemment !! Blague mise à part, mon plan est de rouler vite sur les 90 premiers kilomètres, ce qui, apparemment, n’est pas le plan de tout le monde. Rouler vite sur ce parcours signifiant qu’il valait mieux parfois aller au delà de son seuil de puissance dans les montées courtes pour entretenir la vitesse créer sur les descentes préalablement. Je m’échappe du groupe de tête, et Jan me laisse partir ! Voilà de quoi sont faits mes rêves…

Strike!

Sur la dernière descente avant le demi tour, je glisse. Heureusement, la chute a lieu à grande vitesse et j’ai passé plus de temps à glisser que vraiment subir un impact fort. J’étais toujours sur mes prolongateurs lors de la chute, pour vous dire à quel point le virage était pathétique. Une fois tombé, et une fois que deux autres pros m’ont suivi sur le goudron, nous remontons la route pour avertir les suivants que le virage était glissant (virage encore mouillé suite à la pluie dans la nuit).

J’étais persuader de mettre relever directement, mais quelques vidéos m’ont appris que je ne m’étais relevée qu’une fois les autres tombés. Une bonne semaine plus tard, des migraines se sont encore fait ressentir, j’ai sûrement passé quelques secondes « out » finalement.

Bref, la chute signe la fin de la course pour moi. Les sentiments sont partagés : je me sens stupide, frustré, courbaturé et affamé ! Faim de me relever et de continuer de croire que je peux peut être battre les meilleurs. A vrai dire, enlevons le « peut être » : je peux battre les meilleurs.

Suite à la chute, je ne peux pas prendre le départ de l’IronMan de Tulsa comme c’était prévu. Je courrai quand mon corps sera prêt, et quand mon vélo sera réparé. Mais croyez-moi, le feu brûle à l’intérieur !!